La COVID-19, le moment ou jamais pour changer notre réalité!

Photo: Personne tenant un petit globe contre une surface en simili bois mettant en valeur l'Amérique du Nord.
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Cette année, nous avons été frappés de plein fouet d’une pandémie
mortelle qui a paralysé notre belle province. La COVID-19 a permis de
faire la lumière sur la tragédie humaine que vivent nos ainés, ces
femmes et ces hommes qui ont construit le Québec dans lequel nous pouvons si bien vivre aujourd’hui. Malheureusement, encore une fois, l’histoire nous montre que ce n’est que lorsqu’une catastrophe
humanitaire surgit que l’être-humain réagit. Le gouvernement québécois s’efforce de former désespérément 10 000 préposés en l’espace de trois mois pour permettre à nos ainés de recevoir les soins qu’ils ont besoin. S’il y a une seule question que je me pose, c’est celle-ci: pourquoi? Pourquoi attendre qu’il y ait une crise pour réformer dans la précipitation? En raison des conditions salariales offertes, 10 000 intervenants en plus dans les CHSLD signifie 10 000 intervenants en moins dans les milieux communautaires, et plus particulièrement dans les centres pour les personnes en situation de handicap. J’exagère peut-être, mais à peine… Ces centres ont-ils moins besoin d’intervenants que les personnes âgées? Pas certain! Et pourtant… Cette mesure du gouvernement Legault, même si elle semble noble à première vue, donne l’impression d’être totalement improvisée. Je ne dis absolument pas que les personnes âgées ne devraient pas avoir plus d’intervenants à leur service; j’ai seulement l’impression que les impacts négatifs d’une telle mesure sur les autres communautés vulnérables n’ont pas été justement considérés parce que la tragédie que vivent celles-ci est invisible du grand public.

J’écris cette lettre aujourd’hui pour lancer un appel à la communauté des personnes en situation de handicap. Arrêtons de nous plaindre et de faire toujours appel à la charité de nos gouvernements. Si nous étions une communauté forte et mobilisée, ne vous inquiétez pas que nous aurions été davantage entendus. Le problème aujourd’hui réside dans notre attitude réactionnaire. Nous subissons l’actualité. Nous avons de la difficulté à nous mobiliser autour d’un projet commun pour changer en profondeur notre destin. Combien de hauts fonctionnaires en situation de handicap travaillent dans les gouvernements? Combien de ministres sont handicapés? Quelle est l’importance des ministères et des budgets consacrés à ces communautés? Qui décident des réformes qui doivent être menées pour améliorer de façon significative le sort de notre communauté? Des personnes en situation de handicap? Pas certain! C’est là le problème. Jamais l’éducation ne nous a été aussi accessible. L’élite de notre communauté ne s’intéresse pas, ou peu, aux problèmes de fond qui gangrènent notre communauté. Le changement doit s’opérer au sein même de nos mentalités. Nous devons nous rassembler pour nous créer une identité politique; nous devons occuper l’espace médiatique sur d’autres sujets que les questions d’accessibilité; nous devons avoir des ambitions; nous devons nous démarquer des autres; nous devons inciter des membres de notre communauté à engager nos stagiaire handicapés; nous devons être solidaires entre nous; nous devons pousser pour qu’il y ait des stages dans les instances gouvernementales, dans les magistratures, dans les grandes entreprises, dans les banques et dans les enceintes de pouvoir pour former nos jeunes handicapés; nous devons organiser des rencontres fréquentes entre nos professionnels handicapés et nos jeunes pour les inspirer; nous devons jouer notre rôle de communauté au sein de la société, capable de proposer un monde alternatif dans lequel notre communauté serait totalement intégrée. Notre élite doit se mobiliser. Nos organismes communautaires doivent laisser de côté leurs velléités et se battre pour ce projet commun. Nous devons enfin jouer un rôle plus important sur la scène politique. Ce n’est que, lorsque l’on occupera des postes de responsabilités, que les décideurs prendront des décisions en prenant constamment en compte nos intérêts et que l’on se préoccupera de façon naturelle des plus vulnérables de notre communauté.

J’ai un projet que je rêve de mettre en place. J’aimerais constituer un plan global pour former politiquement une élite intellectuelle dans
la communauté des personnes handicapées. Ce plan doit se faire autant au niveau national qu’international. L’objectif ultime sera de créer une structure d’échange et de collaboration des personnes en situation de handicap pour, d’une part, débattre des idées et créer une identité politique propre à notre communauté, et, d’autre part, de mettre en place des mécanismes d’actions pour accroitre notre influence auprès des décideurs et d’installer des membres issus de notre communauté au sein des plus hautes instances dirigeantes de notre société. Bien évidemment, Cela est un projet de longue allène, qui prendra des décennies entières avant de porter ses fruits. Je m’inspire pour cela des luttes des autres groupes sociaux, tels que les courants féministes. Ces derniers s’organisent, se réunissent de façon assez fréquente au niveau national comme transnational, pour débattre des enjeux relatifs à leur communauté et faire des alliances sur certaines thématiques communes afin de peser plus lourd au sein des instances dirigeantes dans les divers États et de proposer de réelles alternatives au fonctionnement du système actuel. Nous devons faire de même. Nos associations ne se parlent pas, ou peu; nos élites ne se connaissent pas; nous sommes peu solidaires avec les batailles des organismes qui luttent pour faire avancer les causes pour des personnes qui ont des handicaps différents des nôtres. C’est une erreur. Tous ensemble, nous représentons 15% de la population mondiale. Nous sommes la minorité visible la plus importante au monde. Si nous nous mobilisons, si nous trouvons des intérêts communs sur lesquels nous pouvons orienter nos combats, nous pourrons changer le sort des plus vulnérables de notre communauté. Cela demande de l’expertise, de l’énergie et de la volonté. Il ne s’agit pas de se contenter d’adopter des « mesurettes » pour mettre des pansements pour soulager des plaies; il s’agira de trouver des solutions pour cicatriser définitivement nos blessures. Tous ensemble, mobilisons-nous!

Juba Sahrane

Discrimination, stigmatisation et recherche d’emploi : Quand loi 21 et handicap visuel ne font pas bon ménage

Photo: personne portant un Turban avec une épinglette sur lequel il est inscrit "non à la loi 21".
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À l’heure où il n’a jamais été aussi urgent d’agir concrètement pour sauver notre planète qui se meurt à petits ou à grands feux concernant l’Amazonie, le gouvernement nouvellement élu de la Coalition Avenir Québec a respecté sa promesse électorale en adoptant la loi 21 qui interdit désormais le port des signes religieux pour ceux et celles qui occupent un emploi pouvant exercer une autorité en incluant les enseignants du primaire et du secondaire.
Cela implique une stigmatisation et une discrimination d’une minorité visible en raison de son appartenance religieuse. Que ce soit le port du hijab ou du turban, personne n’est épargnée. Quand est-il de ces mêmes personnes qui, par le fait même, ont une variable ajoutée; en l’occurrence un handicap visuel ? Je vous le donne en mille, ces hommes et ces femmes n’ont pas tiré le billet chanceux, car ils vont être doublement discriminés et stigmatisés. Cet article démontrera le pourquoi du comment. Portant moi-même un signe religieux tout en étant non-voyante et sachant ne surtout pas être la seule dans cette situation, j’espère, par ce texte, sensibiliser la population à ces deux enjeux que sont la loi 21 et l’handicap visuel dans un contexte de recherche d’emploi.

Quelques chiffres

Pour commencer, laissez-moi vous donner quelques statistiques afin de mieux cerner l’ampleur de cette situation. Selon un article de Mylène Camirand de la Fondation des aveugles du Québec (2016), il y a près de 100 000 personnes malvoyantes ou non-voyantes. Elle ajoute qu’un bon nombre de ces personnes « ont tendance à s’isoler, ignorant qu’il existe des solutions à leurs problèmes de vision ». Or, nous ne pouvons cacher le fait que, parfois, le système ne leur donne pas les outils pour s’inclure à la société en y contribuant. La loi 21 en est un exemple pour les hommes et les femmes vivant avec une déficience visuelle portant, également, un signe religieux. Ainsi, ne sachant pas le nombre exact de personnes portant un signe religieux au Québec, on peut estimer à environ 5 000 à 10 000 le nombre d’hommes ou de femmes qui arborent un turban, un voile ou une kippa. Si on considère les 100 000 personnes malvoyantes ou non-voyantes, on peut aisément comprendre qu’il est fortement possible de retrouver ce cas de figure : soit une musulmane voilée et non-voyante qui aspire à une carrière dans un emploi touché par la loi 21. C’est pourquoi il est temps d’agir en sensibilisant la population et les dirigeants à notre réalité.

De nombreuses craintes

Il faut savoir que, pour une personne ayant une déficience visuelle, la recherche d’emploi est parsemée d’embûches. En effet, selon Luc Labbé, directeur général de l’OSBL Horizon-Travail (agence QNI, 2019 : JDM), les barrières sont, trop souvent, érigées par les employeurs en raison de leur nombreuses craintes à embaucher une personne malvoyante ou non-voyante. Cette peur a pour origine la méconnaissance des employeurs sur la déficience visuelle, ce qui les insécurise dans ce terrain inconnu. Donc, ajoutons à cela les personnes ayant un handicap visuel et portant un signe religieux comme moi et bien d’autres. Le défi ne sera qu’augmenté, ce qui nous brime dans nos droits et libertés, surtout ceux d’être libres de pratiquer et d’exprimer notre religion et celui d’avoir accès au marché du travail malgré la situation d’handicap de la personne.

Pour conclure, sachez qu’il existe des moyens pour vous faciliter la vie lors de vos recherches d’emploi. En effet, il existe Horizon Travail, un organisme qui accompagne les personnes ayant une déficience visuelle à trouver un emploi qui leur correspond. Leur devise illustre très bien leur dévouement pour leur cause : « Horizon-Travail | Les personnes handicapées et le marché du travail, oui ça se peut » (Horizon travail 2019). Le personnel va vous aider pour votre entrée dans le marché du travail et dans votre intégration à votre nouvel emploi. De même, si vous êtes, en plus, touché par la loi 21, sachez qu’il y a des procédures en cours pour contrer cette loi discriminatoire. Par exemple, il y a la campagne : Non à la loi 21 qui se tient tout le mois de septembre à la grandeur du Québec. Toutes ces démarches ont pour but de vous garantir un avenir professionnel sans embûche quelque soit vos limitations ou vos croyances. Alors, il est temps d’agir pour préserver vos droits!

Sources