Article: Discrimination, stigmatisation et recherche d’emploi : Quand loi 21 et handicap visuel ne font pas bon ménage

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À l’heure où il n’a jamais été aussi urgent d’agir concrètement pour sauver notre planète qui se meurt à petits ou à grands feux concernant l’Amazonie, le gouvernement nouvellement élu de la Coalition Avenir Québec a respecté sa promesse électorale en adoptant la loi 21 qui interdit désormais le port des signes religieux pour ceux et celles qui occupent un emploi pouvant exercer une autorité en incluant les enseignants du primaire et du secondaire.
Cela implique une stigmatisation et une discrimination d’une minorité visible en raison de son appartenance religieuse. Que ce soit le port du hijab ou du turban, personne n’est épargnée. Quand est-il de ces mêmes personnes qui, par le fait même, ont une variable ajoutée; en l’occurrence un handicap visuel ? Je vous le donne en mille, ces hommes et ces femmes n’ont pas tiré le billet chanceux, car ils vont être doublement discriminés et stigmatisés. Cet article démontrera le pourquoi du comment. Portant moi-même un signe religieux tout en étant non-voyante et sachant ne surtout pas être la seule dans cette situation, j’espère, par ce texte, sensibiliser la population à ces deux enjeux que sont la loi 21 et l’handicap visuel dans un contexte de recherche d’emploi.

Quelques chiffres

Pour commencer, laissez-moi vous donner quelques statistiques afin de mieux cerner l’ampleur de cette situation. Selon un article de Mylène Camirand de la Fondation des aveugles du Québec (2016), il y a près de 100 000 personnes malvoyantes ou non-voyantes. Elle ajoute qu’un bon nombre de ces personnes « ont tendance à s’isoler, ignorant qu’il existe des solutions à leurs problèmes de vision ». Or, nous ne pouvons cacher le fait que, parfois, le système ne leur donne pas les outils pour s’inclure à la société en y contribuant. La loi 21 en est un exemple pour les hommes et les femmes vivant avec une déficience visuelle portant, également, un signe religieux. Ainsi, ne sachant pas le nombre exact de personnes portant un signe religieux au Québec, on peut estimer à environ 5 000 à 10 000 le nombre d’hommes ou de femmes qui arborent un turban, un voile ou une kippa. Si on considère les 100 000 personnes malvoyantes ou non-voyantes, on peut aisément comprendre qu’il est fortement possible de retrouver ce cas de figure : soit une musulmane voilée et non-voyante qui aspire à une carrière dans un emploi touché par la loi 21. C’est pourquoi il est temps d’agir en sensibilisant la population et les dirigeants à notre réalité.

De nombreuses craintes

Il faut savoir que, pour une personne ayant une déficience visuelle, la recherche d’emploi est parsemée d’embûches. En effet, selon Luc Labbé, directeur général de l’OSBL Horizon-Travail (agence QNI, 2019 : JDM), les barrières sont, trop souvent, érigées par les employeurs en raison de leur nombreuses craintes à embaucher une personne malvoyante ou non-voyante. Cette peur a pour origine la méconnaissance des employeurs sur la déficience visuelle, ce qui les insécurise dans ce terrain inconnu. Donc, ajoutons à cela les personnes ayant un handicap visuel et portant un signe religieux comme moi et bien d’autres. Le défi ne sera qu’augmenté, ce qui nous brime dans nos droits et libertés, surtout ceux d’être libres de pratiquer et d’exprimer notre religion et celui d’avoir accès au marché du travail malgré la situation d’handicap de la personne.

Pour conclure, sachez qu’il existe des moyens pour vous faciliter la vie lors de vos recherches d’emploi. En effet, il existe Horizon Travail, un organisme qui accompagne les personnes ayant une déficience visuelle à trouver un emploi qui leur correspond. Leur devise illustre très bien leur dévouement pour leur cause : « Horizon-Travail | Les personnes handicapées et le marché du travail, oui ça se peut » (Horizon travail 2019). Le personnel va vous aider pour votre entrée dans le marché du travail et dans votre intégration à votre nouvel emploi. De même, si vous êtes, en plus, touché par la loi 21, sachez qu’il y a des procédures en cours pour contrer cette loi discriminatoire. Par exemple, il y a la campagne : Non à la loi 21 qui se tient tout le mois de septembre à la grandeur du Québec. Toutes ces démarches ont pour but de vous garantir un avenir professionnel sans embûche quelque soit vos limitations ou vos croyances. Alors, il est temps d’agir pour préserver vos droits!

Sources

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